SI TU PENSES BIEN
Quand l’amour laisse peu à peu place à l’emprise
Une relation qui se referme progressivement, des mots qui deviennent de plus en plus violents, un malaise qui s’installe… Géraldine Nakache signe un film fort, porté par Monia Chokri et Niels Schneider, tous les deux remarquables.
MON REGARD
Au début, il y a une histoire d’amour.
Gil rencontre Jacques. Leur amour semble évident. Elle tombe enceinte et ils décident de construire leur vie ensemble.
Puis, progressivement, quelque chose change.
Une remarque.
Une façon de penser imposée à l’autre.
Une décision prise à sa place.
Une liberté qui disparaît.
Le fait qu’il ne supporte pas ses amis et sa famille.
Jusqu’à ce que Gil perde peu à peu ses repères.
Si tu penses bien, le nouveau film de Géraldine Nakache, parle de l’emprise au sein du couple. Une violence psychologique qui s’installe progressivement, presque insidieusement, jusqu’à prendre toute la place.
Je dois dire que le film m’a vraiment marquée. Je suis assez sensible à ce type de sujet.
Très rapidement, une seule envie m’est venue :
Mais Pars.
Pars de cette maison.
Pars de cette relation.
Protège-toi.
Vu de mon fauteuil, cela paraît tellement évident.
Pour Gil, ça ne l’est évidemment pas.
Elle aime cet homme. Elle accepte certaines choses, tente de comprendre, doute parfois d’elle-même. Elle supporte, jusqu’au moment où cela devient trop.
Il faut alors partir.
Partir pour se protéger. Finalement, tout simplement, pour vivre.
J’ai trouvé Monia Chokri vraiment très, très bien dans ce rôle.
Elle réussit à nous faire ressentir tout ce que traverse Gil sans en faire trop.
L’amour du début, les concessions, le doute, l’enfermement, la peur… puis ce moment où quelque chose se brise.
Je comprends beaucoup mieux pourquoi, lors d’une interview, elle expliquait combien il lui avait été difficile de sortir de ce personnage après le tournage.
Parce que les mots sont forts.
Les situations sont parfois humiliantes.
C’est insidieux.
La tension, elle, ne nous quitte pratiquement jamais.
Face à elle, Niels Schneider est assez impressionnant.
Jacques peut être séduisant, charmant, rassurant.
Puis son visage change.
Il devient odieux.
Blessant.
Méchant.
Parfois même franchement glaçant.
Ce qui est assez troublant, c’est justement de voir ces différentes facettes cohabiter chez le même homme.
On comprend ce qui a pu séduire Gil au départ. On comprend aussi pourquoi il lui faut du temps pour mettre des mots sur ce qu’elle vit.
Niels Schneider réussit très bien cette transformation. Son personnage n’a pas besoin de hurler constamment pour devenir inquiétant.
L’emprise passe aussi par les mots.
Les petites phrases.
Les remarques.
Les règles qu’il impose.
Cette façon de faire comprendre à Gil que si quelque chose va mal, le problème vient peut-être d’elle.
Ou qu’il suffirait simplement de « bien penser » pour que tout aille bien.
Le titre prend alors une dimension assez terrible.
Le récit fait régulièrement des allers-retours entre le passé et le présent.
On découvre ce que leur relation est devenue tout en revenant sur les différentes étapes de leur histoire.
Petit à petit, certaines choses prennent un autre sens.
Une parole.
Une attitude.
Une situation que l’on aurait peut-être regardée différemment au début.
Cette construction m’a beaucoup plu, parce qu’elle permet aussi de comprendre comment l’emprise a pu s’installer.
Il n’y a pas forcément un instant précis où tout bascule.
C’est progressif.
Presque sournois.
Jusqu’à devenir étouffant.
C’est probablement ce qui m’a le plus mise mal à l’aise.
Le film nous maintient vraiment à l’intérieur de cette relation.
On ressent la tension, l’enfermement, cette impression que l’espace autour de Gil se réduit.
Plus Jacques prend de place, moins elle semble en avoir.
Alors forcément, on attend qu’elle réagisse.
On voudrait qu’elle parte beaucoup plus tôt.
Mais justement, Si tu penses bien montre aussi que sortir d’une relation d’emprise n’est pas aussi simple que de décider de claquer une porte.
Lorsque Gil finit par comprendre qu’elle doit partir, j’ai ressenti presque un soulagement.
Parce qu’elle ne quitte pas seulement Jacques.
Elle veut reprendre sa vie.
J’ai également été assez surprise par Géraldine Nakache.
On la connaît davantage pour ses comédies. La retrouver derrière un film aussi sombre pouvait donc surprendre.
Pourtant, je trouve ce changement de registre vraiment réussi.
Elle ne cherche pas forcément les grandes scènes spectaculaires pour nous faire comprendre la violence de cette relation.
Tout passe beaucoup par le quotidien.
Une phrase prononcée à table.
Un comportement.
Une humiliation.
Cette façon de prendre progressivement le contrôle sur l’autre.
Le malaise s’installe presque sans que l’on s’en rende compte.
Difficile aussi de ne pas faire le rapprochement avec l’actualité.
Parce que derrière Gil et Jacques, il y a bien sûr une histoire de cinéma, mais les mécanismes d’emprise montrés à l’écran existent réellement.
Cela donne forcément au film une résonance particulière.
Je ne suis d’ailleurs pas sortie de la salle complètement légère.
Il reste quelque chose.
Un malaise.
Certaines phrases.
Certaines situations.
Cette sensation désagréable qui continue un peu à vous accompagner une fois dehors.
C’est assez rare que je ressente cela aussi fortement après un film.
Si tu penses bien n’est certainement pas léger. Il n’est pas toujours facile à regarder non plus.
Mais j’ai vraiment trouvé le nouveau film de Géraldine Nakache très réussi.
Monia Chokri est remarquable.
Niels Schneider impressionnant lorsqu’il laisse apparaître la part la plus odieuse de Jacques.
Tous les deux réussissent surtout à rendre cette relation terriblement crédible.
Et lorsque les lumières se rallument, il faut quelques instants pour en sortir.
Moi, en tout cas, j’ai emporté une partie de ce malaise avec moi.
Les infos sur le film
- Date de sortie en salle : 16 septembre 2026
- 1h34 mn
- Drame
- De Géraldine Nakache - Avec Monia Chokri, Niels Schneider, Clémentine Célarié
- Tout public
Synopsis
Lorsque Gil rencontre Jacques, leur amour est évident. Mais l’intensité des débuts laisse place à une relation où elle se sent de plus en plus enfermée, jusqu’à en perdre ses repères. Jacques la rassure : si elle pense bien, il ne lui arrivera que du bien. Peu à peu, Gil comprend le contrôle qu’il exerce sur sa vie…