NOTRE SALUT – EMMANUEL MARRE
Un sujet passionnant et un Swann Arlaud remarquable… mais un film dans lequel je ne suis jamais vraiment entrée
En septembre 1940, Henri Marre voit dans l’installation du régime de Vichy l’occasion de trouver enfin la place qu’il pense mériter. Une ambition qui va peu à peu l’entraîner dans les rouages de la collaboration.
MON REGARD
Sur le papier, Notre Salut avait vraiment tout pour m’intéresser.
Nous sommes en septembre 1940. Le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, arrive à Vichy sans argent, sans véritable contact, loin de sa femme Paulette et de leurs enfants.
Dans sa valise, il emporte un traité politique qu’il a lui-même écrit et fait éditer à compte d’auteur : Notre Salut.
Henri est persuadé d’avoir des idées, des méthodes, des solutions capables d’aider la France à se relever de la débâcle. Il voit surtout dans cette nouvelle administration l’occasion de trouver enfin la place qu’il estime mériter.
C’est justement ce parcours que j’avais très envie de découvrir.
Comment un homme finalement assez ordinaire peut-il progressivement trouver sa place au sein du gouvernement de Vichy, jusqu’à entrer dans les mécanismes de la collaboration ?
Comment l’ambition personnelle, l’opportunisme ou simplement l’envie d’exister peuvent-ils conduire quelqu’un à accepter de plus en plus de choses ?
Le sujet est passionnant.
Cette période de notre histoire m’intéresse particulièrement.
Malheureusement, je n’ai jamais vraiment réussi à entrer dans le film.
Emmanuel Marre a fait un choix de mise en scène très particulier, avec une approche presque documentaire, une caméra proche des personnages, mais surtout une place importante accordée à la correspondance entre Henri et sa femme.
Les lettres sont très présentes dans le récit. Elles permettent de suivre leur relation, leur éloignement, leurs attentes, mais aussi les interrogations des uns et des autres.
Je comprends ce choix, d’autant plus que cette histoire possède une dimension très personnelle pour Emmanuel Marre : Henri et Paulette étaient ses arrière-grands-parents.
Ces lettres donnent accès à quelque chose de réel, d’intime, presque comme si l’on entrait dans leurs archives familiales.
Mais cette narration ne m’a malheureusement pas embarquée.
J’ai trouvé le rythme très lent, avec beaucoup de silences, de blancs, de moments suspendus.
Pour moi, cela a été long. Trop long.
Même la musique m’a parfois laissée assez perplexe.
Entendre Sounds Like a Melody d’Alphaville ou encore Popcorn de Gershon Kingsley dans un film qui nous plonge dans la France des années 1940 crée forcément un décalage.
Je suppose que ce choix est totalement assumé, comme cette volonté de ne pas reconstituer l’époque de manière classique. Mais, là encore, cela m’a davantage déroutée qu’emportée.
Finalement, entre la caméra, les silences, les lettres, le rythme très lent ou encore cette bande-son complètement inattendue, Notre Salut prend constamment des chemins auxquels je ne m’attendais pas.
C’est original, certainement. Mais je crois que je suis tout simplement restée à côté de cette proposition.
C’est dommage parce que ce qui se joue derrière est vraiment intéressant.
Henri n’est pas présenté comme un personnage monstrueux qui aurait décidé un matin de devenir collaborateur.
C’est un homme qui cherche sa place.
Un homme ambitieux, convaincu d’avoir quelque chose à apporter, en quête de reconnaissance. Il voit dans ce nouveau pouvoir une opportunité.
C’est peut-être justement là que le personnage devient le plus intéressant, voire le plus dérangeant.
La collaboration est ici racontée à travers un homme ordinaire qui veut avancer, réussir, se rendre utile à un système sans forcément mesurer immédiatement ce dans quoi il est en train de s’engager.
On le voit ainsi monter progressivement dans cette administration, avant d’assister à sa perte.
Dans ce rôle, Swann Arlaud est vraiment très bon.
Je le trouve extrêmement juste.
Il réussit à rendre Henri difficile à cerner. On perçoit son ambition, son besoin de reconnaissance, ses convictions, mais également ses interrogations et ses failles.
Il n’en fait jamais trop.
Son personnage peut sembler sûr de lui à certains moments, beaucoup plus fragile à d’autres.
J’ai également apprécié que le film ne cherche pas forcément à nous expliquer Henri ou à nous dire ce que nous devons penser de lui.
Il nous laisse face à cet homme, à son ambition, à ses contradictions, surtout à ses choix.
C’est probablement ce que je retiendrai le plus de Notre Salut : cette manière de montrer comment un homme parfaitement ordinaire peut progressivement entrer dans un système qui, lui, ne l’est absolument pas.
Il n’y a pas forcément un grand basculement spectaculaire.
Plutôt une succession de décisions, d’opportunités, d’ambitions personnelles, de compromis.
C’est sans doute ce qui aurait pu me passionner davantage si j’avais réussi à adhérer à la forme choisie par Emmanuel Marre.
J’aurais aimé être davantage emportée par cette ascension, mieux comprendre ce qui pousse Henri à avancer dans cette direction, ressentir plus fortement sa chute lorsque tout finit par se retourner.
Mais la lenteur du film, associée à cette narration très particulière, m’a maintenue à distance.
C’est assez frustrant finalement.
Parce que j’ai trouvé le sujet beaucoup plus passionnant que le film lui-même.
Parfois, cela arrive.
On peut reconnaître l’intérêt d’une démarche, trouver un acteur excellent, avoir envie de découvrir l’histoire racontée… tout en restant à l’extérieur.
C’est exactement ce qui s’est passé pour moi avec Notre Salut.
Les infos sur le film
- Date de sortie en salle : 30 septembre 2026
- 2h39 mn
- Drame, Historique
- De Emmanuel Marre | Par Emmanuel Marre Avec Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Harpo Guit
- Tout public
Synopsis
Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d’ingénieur. Son credo : « gagner en efficacité » pour relever la France de la débâcle. Mais peut-être qu’Henri cherche avant tout à fuir sa propre débâcle…