Passer au contenu principal

Les rendez-vous de Christelle – Sorties culture & loisirs

bannière pour les pages articles (1192 x 220 px) (1)

L'AFFAIRE MARIE-CLAIRE – LAURIANE ESCAFFRE ET YVO MULLER

Un film poignant, deux actrices remarquables et le récit d'un combat courageux qui a contribué à changer la vie des femmes

En 1972, une adolescente de 16 ans est poursuivie pour avoir avorté. Son avocate, Gisèle Halimi, décide de transformer son procès en un affrontement historique contre une loi qui prive les femmes du droit de disposer de leur corps.

MON REGARD

Un procès historique, une histoire qui paraît aujourd’hui complètement insensée et deux actrices remarquables… Voilà un film qui m’a particulièrement touchée.

C’est à l’occasion d’une avant-première que j’ai découvert L’Affaire Marie-Claire, réalisé par Lauriane Escaffre et Yvo Muller, avec Charlotte Gainsbourg, Cécile de France et Grégory Gadebois.

Et je dois dire que j’ai vraiment beaucoup aimé ce film, malgré un sujet particulièrement difficile.

Inspiré de faits réels, il nous replonge dans la France de 1972, à une époque où l’avortement est encore interdit et passible de poursuites judiciaires.

Marie-Claire Chevalier n’a que 16 ans lorsqu’elle se retrouve devant la justice pour avoir interrompu une grossesse à la suite d’un viol. Sa mère, Michèle Chevalier, ainsi que les femmes qui lui sont venues en aide, sont également poursuivies.

Une situation que je trouve absolument révoltante.

Comment imaginer qu’une jeune fille, déjà victime d’un viol, puisse être considérée comme une coupable parce qu’elle a avorté ?

Et plus largement, comment a-t-on pu interdire à une femme de disposer de son propre corps ?

Je dois reconnaître que cette idée me met profondément en colère.

Mais ce procès va prendre une dimension bien différente grâce à Gisèle Halimi, l’avocate chargée de défendre ces femmes.

Plutôt que de se contenter de demander l’indulgence du tribunal, elle décide de s’attaquer directement à la loi qui interdit l’avortement.

Un choix particulièrement audacieux pour l’époque.

Et c’est justement ce qui rend cette histoire aussi passionnante.

Gisèle Halimi (1927-2020), avocate et militante féministe, a consacré une grande partie de sa vie à défendre les droits des femmes et à lutter contre les injustices.

Née en Tunisie, elle s’est très tôt opposée aux inégalités entre les filles et les garçons. Devenue avocate, elle s’engage dans de nombreux combats, notamment contre les violences sexuelles et pour le droit à l’avortement.

En 1971, elle participe à la création de l’association Choisir la cause des femmes, aux côtés notamment de Simone de Beauvoir.

Avec le procès de Bobigny, elle va contribuer à faire évoluer le regard de la société française sur l’avortement.

Et lorsque l’on replace cette affaire dans son contexte, on mesure le courage qu’il a fallu pour mener un tel combat.

Car il ne s’agissait pas simplement de défendre une adolescente et sa mère, mais bien de remettre en question une législation et des convictions profondément ancrées dans la société.

J’ai énormément d’admiration pour cette femme et pour sa détermination.

Dans le rôle de Gisèle Halimi, Charlotte Gainsbourg est vraiment remarquable.

J’ai beaucoup aimé son interprétation, sa manière de faire ressentir la force de conviction de cette avocate, sans en faire trop.

Elle incarne une femme déterminée, intelligente, qui sait exactement pourquoi elle se bat et qui refuse de céder.

Cécile de France m’a également beaucoup touchée dans le rôle de Michèle Chevalier, la mère de Marie-Claire.

Elle apporte une dimension particulièrement humaine à cette affaire judiciaire. Derrière le procès et les débats, il y a une mère qui cherche à protéger sa fille et qui se retrouve elle-même confrontée à la justice.

J’ai trouvé les deux actrices très justes, chacune dans un registre différent, et leur interprétation donne beaucoup de force au film.

Ce que j’ai également apprécié, c’est la manière dont cette histoire est racontée.

Même si l’on connaît l’importance historique du procès de Bobigny, on se laisse prendre par le déroulement de l’affaire, les enjeux judiciaires et les tensions qui accompagnent ce combat.

Le film nous rappelle aussi les profondes inégalités qui existaient entre les femmes.

Celles qui en avaient les moyens pouvaient parfois partir à l’étranger pour avorter, tandis que les autres devaient recourir à des pratiques clandestines, souvent dangereuses.

Une injustice supplémentaire qui rend cette histoire encore plus difficile à accepter.

Puis, il y a l’émotion.

À un moment, j’ai même eu une petite larme.

Parce qu’au-delà du procès, on pense forcément à cette adolescente, à sa mère, mais aussi à toutes les femmes qui ont vécu des situations similaires et qui n’ont pas toujours eu la possibilité de faire entendre leur voix.

On mesure également le chemin parcouru depuis cette époque.

Le procès de Bobigny, en 1972, a contribué à faire évoluer le débat public sur l’avortement, avant l’adoption de la loi Veil en 1975, qui marque une avancée majeure pour les droits des femmes.

Je trouve important que le cinéma continue de raconter ces événements.

Non seulement pour rappeler une page essentielle de notre histoire, mais aussi pour rendre hommage à celles qui ont eu le courage de se battre pour faire évoluer la société.

Ce sont des femmes comme Gisèle Halimi, mais aussi Marie-Claire Chevalier, sa mère et toutes celles qui les ont soutenues, qui ont contribué à faire avancer nos droits.

Je leur porte une immense admiration.

Je suis ressortie de cette avant-première particulièrement émue, mais aussi heureuse d’avoir découvert un film qui remet en lumière ce combat.

L’Affaire Marie-Claire est une très belle réussite à mes yeux.

Un film prenant, porté par deux excellentes actrices, qui aborde un sujet difficile sans perdre sa dimension humaine.

Et surtout, une histoire qui nous rappelle que les droits dont nous bénéficions aujourd’hui ont été obtenus grâce à des femmes qui ont refusé de se résigner.

Un film que je recommande vivement, autant pour ses qualités cinématographiques que pour l’histoire essentielle qu’il nous raconte.

🩷 Pour prolonger votre découverte du film L’affaire Marie Claire, je vous invite à lire l’article de Valérie Gaget (France info Culture)

Les infos sur le film

coups de coeur (125 x 150 px)

Synopsis

Novembre 1972. Au tribunal de Bobigny, un procès hors norme secoue la France entière. Marie-Claire Chevalier, 16 ans, est accusée d’avoir avorté illégalement. À la barre, sa mère et toutes les femmes qui l’ont aidée. Leur avocate, Gisèle Halimi, fait un pari fou, insensé : elle leur demande de ne pas plaider coupable. Gisèle va faire ce qui n’a jamais été fait auparavant, elle va accuser et attaquer la loi, au risque de tout perdre.