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Les rendez-vous de Christelle – Sorties culture & loisirs

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UN VESTIAIRE À SOI. FÉMINITÉS DISSIDENTES AU 19E SIÈCLE – PALAIS GALLIERA, PARIS

Quand s’habiller comme on le souhaite pouvait déjà être un acte de liberté

De magnifiques vêtements, mais surtout une exposition passionnante sur des femmes qui ont osé bousculer les codes de leur époque.

 

Pouvoir choisir librement ses vêtements. Porter un pantalon, une veste, une cravate ou un haut-de-forme simplement parce qu’on en a envie. Aujourd’hui, cela nous paraît tellement évident que l’on n’y pense même plus.

Pourtant, au XIXe siècle, s’approprier certains codes du vestiaire masculin pouvait représenter pour une femme bien davantage qu’un simple choix vestimentaire.

C’est probablement ce qui m’a le plus interpellée dans Un vestiaire à soi. Féminités dissidentes au 19e siècle.

Je savais évidemment que les femmes avaient longtemps été soumises à de nombreuses conventions, mais découvrir à quel point leur manière de s’habiller pouvait elle aussi être encadrée m’a vraiment fait réagir.

Cette fameuse « permission de travestissement », que certaines femmes pouvaient demander à la Préfecture de police de Paris pour porter des vêtements masculins, en est sans doute l’exemple qui m’a le plus marquée.

Devoir demander une autorisation pour porter un pantalon…

Rien que d’y penser, cela me rend un peu dingue.

C’est là que l’exposition devient particulièrement intéressante. On vient pour regarder des vêtements, mais très vite, on regarde aussi la société qui les a imposés, interdits ou progressivement acceptés.

À travers près de 500 œuvres, le Palais Galliera raconte comment certaines femmes se sont approprié les codes du vestiaire masculin au XIXe siècle. Vêtements, accessoires, peintures, affiches de mode ou encore 150 photographies amateur inédites permettent de comprendre comment ces évolutions vestimentaires ont accompagné une transformation plus profonde de leur place dans la société.

S’habiller autrement pour vivre autrement

Un pantalon, une veste, une cravate…

Derrière des pièces qui nous paraissent aujourd’hui parfaitement ordinaires se cachait parfois une véritable affirmation de soi.

Le vêtement pouvait devenir un moyen de s’éloigner des conventions, de gagner en liberté ou simplement de choisir la manière dont on souhaitait se présenter aux autres.

Cette évolution est vraiment intéressante à observer au fil du parcours.

Les silhouettes se transforment progressivement. Les femmes empruntent certaines pièces au vestiaire masculin, les adaptent, se les approprient. Le tailleur trouve sa place, le pantalon apparaît, les vêtements accompagnent de nouvelles activités.

Et malgré cette masculinisation progressive de certaines tenues, une chose m’a particulièrement frappée : je trouve qu’il reste énormément de féminité.

Les silhouettes ont souvent une classe incroyable.

Il y a de l’élégance, du caractère, parfois même une certaine sophistication. Emprunter les codes masculins ne signifie donc absolument pas renoncer à sa féminité.

Au contraire, chacune semble pouvoir la réinventer à sa manière.

Rosa Bonheur, l’un de mes moments préférés

Parmi les différentes parties du parcours, celle consacrée à Rosa Bonheur m’a particulièrement plu.

Sa garde-robe, présentée dans son intégralité, permet de découvrir d’une autre manière cette femme que l’on connaît surtout comme peintre.

Ses vêtements racontent quelque chose de sa personnalité, de sa liberté, de sa manière de ne pas forcément se conformer à ce que la société attendait d’une femme.

Même ses accessoires deviennent révélateurs.

Le fanzine conçu autour de l’exposition s’attarde notamment sur ses accessoires de fumée. Avant les années 1920, fumer était encore considéré comme peu acceptable pour une femme. Rosa Bonheur ne semblait pourtant guère disposée à tenir compte de l’opinion générale !

J’ai beaucoup aimé cette façon de découvrir une personnalité à travers son vestiaire.

D’autres femmes apparaissent au fil du parcours, célèbres ou anonymes : Marie-Antoinette, George Sand, Sarah Bernhardt, Natalie Clifford Barney…

Sarah Bernhardt, par exemple, portait le pantalon sur scène lorsqu’elle interprétait certains rôles masculins, mais également dans sa vie privée.

On découvre aussi Marie-Antoinette Lix, femme lieutenant engagée durant la guerre de 1870, dont l’épée d’honneur est évoquée dans le fanzine. Fanzine Un vestiaire à soi

Des parcours très différents qui montrent combien le vêtement pouvait aussi devenir une façon de bousculer les rôles attribués aux femmes.

Mais comment pouvaient-elles bouger là-dedans ?

Une autre chose m’a beaucoup étonnée : la taille de certains vêtements.

Vraiment, c’est impressionnant.

Devant plusieurs pièces, je me suis demandé comment une femme pouvait tout simplement rentrer dedans.

Certaines tailles sont tellement petites que je ne suis même pas certaine que la moitié de mon corps puisse y entrer.

Au-delà de cette première réaction, une autre question arrive rapidement : comment faisaient-elles pour bouger ?

Marcher, travailler, monter à cheval, pratiquer une activité physique…

Certains vêtements paraissent tellement étroits ou contraignants qu’il est difficile d’imaginer pouvoir se déplacer facilement avec.

Cette question prend justement tout son sens devant les costumes d’amazone ou les tenues qui accompagnent progressivement de nouvelles activités féminines.

L’évolution de la mode raconte alors aussi une évolution de la liberté de mouvement.

Pouvoir bouger davantage, pratiquer certaines activités, occuper autrement l’espace public nécessitait forcément des vêtements capables de suivre cette transformation.

Des accessoires qui racontent eux aussi une histoire

Les accessoires méritent vraiment que l’on s’y attarde.

Chaussures, hauts-de-forme, broches, cannes, monocles, montres… ils complètent les silhouettes tout en racontant parfois, à leur manière, l’évolution des codes vestimentaires.

Certains possèdent même une signification qui dépasse largement leur fonction esthétique.

Le monocle en est un très bon exemple.

Le fanzine présente celui porté par la princesse Murat et rappelle que cet accessoire donnera son nom à un célèbre club lesbien parisien. Il pouvait également servir de signe de reconnaissance entre femmes. 

Un simple accessoire peut donc raconter beaucoup plus qu’on ne l’imagine.

Même le sens du boutonnage de nos vêtements reste marqué par d’anciennes conventions de genre : traditionnellement, les vêtements masculins et féminins ne se boutonnent pas dans le même sens, une habitude qui perdure encore aujourd’hui.

Tous ces petits détails rendent le parcours vraiment passionnant.

Une scénographie que j’ai beaucoup aimée

Le plaisir de la visite tient aussi beaucoup à la très belle scénographie.

Le parcours est clair, élégant, particulièrement agréable à suivre. Les vêtements sont bien mis en valeur, les accessoires trouvent naturellement leur place, tandis que les photographies apportent un autre regard sur les silhouettes découvertes au fil des salles.

J’ai également beaucoup apprécié les cartouches.

Ils sont suffisamment grands pour être lus facilement, très clairs, sans accumulation d’informations inutiles.

Cela peut paraître secondaire, mais je trouve que c’est vraiment important dans une exposition.

Lorsqu’il faut lire des textes interminables devant chaque vitrine, on finit parfois par ne plus rien lire du tout. Ici, les informations vont à l’essentiel. On comprend ce que l’on regarde sans perdre le plaisir d’observer.

Cela rend la visite beaucoup plus fluide.

Et dans une exposition qui rassemble près de 500 œuvres, cette lisibilité fait vraiment la différence.

Deux très belles vitrines pour terminer le parcours

La fin de l’exposition m’a également beaucoup plu, notamment avec deux vitrines devant lesquelles j’ai pris le temps de m’arrêter.

L’une rassemble de très nombreuses photographies.

Après avoir observé autant de vêtements au fil des salles, découvrir des femmes qui les portent réellement apporte quelque chose de différent.

Tout à coup, les silhouettes prennent vie.

On ne regarde plus seulement un pantalon, une veste ou un chapeau derrière une vitrine : on découvre des femmes qui se les sont appropriés, qui posent avec, qui affirment une allure.

Parmi les près de 500 œuvres présentées dans l’exposition figurent justement 150 photographies amateur inédites, réunies pour confronter les silhouettes aux images de celles qui les portaient.

Certaines photographies permettent aussi de regarder différemment les relations entre ces femmes. Le fanzine attire notamment l’attention sur des clichés où leurs attitudes et leurs costumes masculinisés peuvent laisser entrevoir des histoires que les récits traditionnels ont parfois simplement présentées comme des amitiés.

L’autre vitrine, consacrée à la présentation du vestiaire d’une femme, m’a également beaucoup plu.

Après avoir suivi toute cette évolution au fil du parcours, retrouver ainsi les différentes pièces d’une garde-robe permet presque de rassembler tout ce que l’on vient de découvrir.

J’ai trouvé cette présentation très jolie, mais surtout très bien pensée pour clôturer l’exposition.

Vivre à cette époque ? Très peu pour moi !

Une pensée m’est revenue plusieurs fois pendant cette visite : vivre à cette époque aurait sans doute été très difficile pour moi !

Et pas uniquement à cause de ces vêtements aux tailles minuscules…

Toutes ces règles me rendent assez perplexe.

Ce qu’une femme pouvait porter ou ne pas porter. La manière dont elle devait se comporter. Les activités auxquelles elle pouvait accéder. La façon dont elle était autorisée à occuper l’espace. Ce qui était considéré comme féminin ou masculin…

Je crois que j’aurais eu beaucoup de mal avec tout cela.

C’est probablement ce qui m’a le plus intéressée dans Un vestiaire à soi : derrière la mode, l’exposition parle surtout de liberté.

Elle montre comment le vêtement accompagne les évolutions de la société, mais également comment certaines femmes ont utilisé leur apparence pour s’éloigner du rôle que l’on avait décidé pour elles.

Finalement, pouvoir ouvrir son armoire le matin puis choisir librement comment on souhaite s’habiller est une liberté tellement évidente aujourd’hui que l’on en oublie presque qu’elle ne l’a pas toujours été.

1 h 30 sans voir le temps passer

La richesse du parcours aurait facilement pu rendre l’exposition très dense.

Cela n’a absolument pas été mon ressenti.

Au contraire, j’ai vraiment pris mon temps.

Au moins 1 h 30 sur place à observer les vêtements, les coupes, les tailles, les accessoires, à regarder les photographies, lire les cartouches…

Ce fut un réel plaisir.

Je n’ai absolument pas vu le temps passer.

C’est probablement l’un des meilleurs indicateurs de ce que j’ai pensé de cette exposition : lorsque j’ai envie de ralentir plutôt que d’accélérer vers la sortie, c’est généralement très bon signe.

Ici, j’ai eu envie de tout regarder.

Mon conseil

Prévoyez suffisamment de temps pour profiter réellement du parcours. Avec près de 500 œuvres, 1 h 30 ne me paraît vraiment pas de trop, surtout si vous aimez regarder les détails.

Ne vous contentez pas des silhouettes dans leur ensemble. Attardez-vous sur les accessoires, observez les coupes, les tailles, les chaussures ou les petits détails qui accompagnent chaque tenue.

Les cartouches sont clairs et suffisamment concis pour être lus sans alourdir la visite, alors profitez-en.

Enfin, ne passez pas trop rapidement sur les deux vitrines de la toute fin. Celle réunissant toutes ces photographies mérite particulièrement que l’on s’y arrête.

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