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Les rendez-vous de Christelle – Sorties culture & loisirs

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LES CHATOUILLES OU LA DANSE DE LA COLÈRE – THÉÂTRE DE L’ŒUVRE, PARIS

Un spectacle bouleversant, une interprétation impressionnante et une formidable leçon de courage et de résilience

À travers l'histoire d'Odette, Andréa Bescond aborde les violences sexuelles subies pendant l'enfance et leurs conséquences, dans un seul-en-scène où se mêlent théâtre, danse, humour et émotion.

 

Un sujet terrible, une histoire bouleversante, mais aussi des rires, de l’espoir et une incroyable force de vie.

Cela faisait un bon moment que je souhaitais découvrir Les Chatouilles ou la danse de la colère, le spectacle écrit et interprété par Andréa Bescond.

Alors, lorsque j’ai appris qu’il revenait pour quelques représentations au Théâtre de l’Œuvre, je n’ai pas hésité.

Et je n’ai vraiment pas été déçue.

Je savais que le sujet serait difficile. Le spectacle raconte l’histoire d’Odette, une petite fille de huit ans, victime de violences sexuelles commises par Gilbert, un homme proche de sa famille, qui dissimule ses agressions derrière de prétendues séances de chatouilles.

Mais au-delà des violences subies pendant l’enfance, c’est toute la construction d’une jeune fille, puis d’une femme, qui se trouve bouleversée.

Comment grandir avec un tel traumatisme ? Comment se construire lorsque l’on porte en soi une souffrance que personne ne semble vouloir entendre ? Et surtout, comment parvenir un jour à se reconstruire ?

Andréa Bescond nous entraîne dans ce parcours avec une intensité et une sincérité impressionnantes.

Ce qui m’a particulièrement surprise, c’est que, malgré la gravité du sujet, on rit !

Oui, oui, on rit.

On pourrait imaginer passer toute la représentation dans la tristesse, à plaindre cette petite fille devenue femme. Mais ce n’est absolument pas ce que propose Andréa Bescond.

Elle parvient à introduire de l’humour, parfois là où on ne l’attend pas, et cela donne au spectacle une dimension bien plus forte.

On ne reste pas enfermé dans la souffrance. On découvre aussi une personnalité, une énergie, une envie de vivre et de se battre.

C’est ce mélange d’émotions qui rend le spectacle aussi remarquable.

Sur scène, Andréa Bescond est impressionnante.

Seule face au public, elle passe d’un personnage à l’autre, d’une émotion à une autre, avec une aisance incroyable. Son corps, sa voix, ses gestes et la danse deviennent autant de moyens de raconter ce que les mots ne suffisent parfois pas à exprimer.

Il y a une véritable performance d’interprétation, mais aussi une présence qui nous captive.

Et derrière cette énergie, il y a évidemment une histoire profondément douloureuse.

Le spectacle ne cherche pas à dissimuler les conséquences des violences subies.

La souffrance ne disparaît pas avec l’enfance. Elle accompagne Odette dans sa construction, dans ses relations avec les autres et dans le regard qu’elle porte sur elle-même.

On découvre les blessures, les comportements destructeurs, les périodes de dépendance à l’alcool et aux drogues, les difficultés à trouver sa place et à s’aimer.

Je dois reconnaître qu’à plusieurs moments, je me suis demandé comment il était possible de traverser autant d’épreuves sans perdre complètement pied.

Comment réussir à avancer lorsque l’on doit non seulement affronter ce que l’on a subi, mais aussi lutter pour faire reconnaître la vérité ?

Car c’est un autre aspect du spectacle qui m’a profondément touchée : ce combat pour être entendue et crue.

Il y a les violences elles-mêmes, mais aussi le silence, le déni et cette difficulté terrible à faire reconnaître ce qui s’est passé.

Et lorsque ce refus vient de ses propres proches, la douleur prend encore une autre dimension.

La rupture avec sa mère, qui ne reconnaît pas ce qu’elle a vécu, est particulièrement bouleversante.

On mesure alors combien la recherche de la vérité peut parfois conduire à des choix douloureux, jusqu’à devoir s’éloigner de ceux dont on aurait justement attendu le plus grand soutien.

Il faut un courage immense pour continuer à se battre lorsque les personnes qui devraient vous protéger ne vous entendent pas.

Mais ce qui m’a le plus marquée, c’est que ce spectacle ne s’arrête pas à cette souffrance.

Il raconte aussi la possibilité de se reconstruire.

De retrouver progressivement sa place, de se respecter, de s’accepter et, finalement, de parvenir à se dire : « Je t’aime »

Ces mots peuvent sembler simples, mais après un tel parcours, ils prennent une dimension extraordinaire.

J’ai trouvé cette évolution particulièrement émouvante.

Andréa Bescond ne présente pas un chemin facile ni une guérison miraculeuse. Elle montre au contraire les difficultés, les rechutes, les combats et cette volonté de continuer à avancer malgré tout.

C’est une formidable démonstration de résilience, mais aussi une véritable leçon de courage.

Bien sûr, il est impossible de se mettre à sa place ou d’imaginer réellement ce que représente un tel traumatisme.

Mais on ne peut qu’être impressionné par ce parcours et par la force qu’elle a trouvée pour transformer son histoire en une œuvre artistique aussi puissante.

Et surtout, par le combat qu’elle mène aujourd’hui pour dénoncer les violences sexuelles, notamment celles commises sur les enfants, et pour faire entendre la parole des victimes.

C’est aussi ce qui donne à ce spectacle une dimension qui dépasse largement le théâtre.

Les Chatouilles ou la danse de la colère n’est pas seulement un témoignage personnel. C’est une prise de parole, un acte de résistance et un formidable message d’espoir.

On en ressort bouleversé, évidemment, mais pas uniquement.

On en ressort également admiratif, impressionné par cette femme, par son talent et par sa capacité à faire de son histoire une force pour elle-même et pour les autres.

Finalement, ce qui aurait pu être un spectacle uniquement douloureux devient une œuvre profondément humaine, qui nous rappelle l’importance d’écouter, de croire et de protéger les enfants.

Un spectacle nécessaire, d’une véritable utilité publique.

Mon petit conseil

N’hésitez pas à découvrir ce spectacle, même si le sujet peut vous sembler particulièrement difficile.

Il aborde frontalement les violences sexuelles sur les enfants et leurs conséquences à l’âge adulte. Certaines scènes et certains propos peuvent donc être éprouvants.

Mais Andréa Bescond réussit à trouver un équilibre remarquable entre les moments douloureux, l’humour, la danse et l’espoir.

Il ne faut pas imaginer une représentation entièrement sombre ou pesante. On rit aussi, on est surpris, on est ému et surtout, on réfléchit.

Si vous avez l’occasion d’assister à l’une des représentations au Théâtre de l’Œuvre, je vous recommande vraiment de ne pas passer à côté.

🩷 Pour prolonger votre découverte du spectacle, je vous invite à regarder l’interview d’Anne Bescond par Louise Aubery

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