CHANA ORLOFF
Une rencontre hors du temps au cœur de l'histoire d'une artiste exceptionnelle
Mémoire, art et transmission
Pousser la porte de l’Atelier-Musée Chana Orloff, c’est entrer dans bien plus qu’un musée.
Grâce à Culturez-Vous (Antoine) et à la présence d’Éric Justman, petit-fils de l’artiste, cette visite s’est transformée en un véritable moment de partage, d’émotion et de transmission.
Nichée dans une petite rue du 14ᵉ arrondissement de Paris, la maison-atelier de Chana Orloff semble presque suspendue dans le temps. Construite dans les années 1920, elle a conservé son âme, son atmosphère et une grande partie des œuvres de l’artiste.
Mais ce qui a rendu cette visite véritablement exceptionnelle, c’est la présence d’Éric Justman.
Pendant plus d’une heure, il nous a ouvert les portes de son histoire familiale avec une générosité, une émotion et une simplicité qui m’ont profondément touchée.
À travers ses souvenirs, ses anecdotes et les récits transmis de génération en génération, Chana Orloff est peu à peu sortie des livres d’histoire pour devenir une femme bien réelle.
Une femme au destin hors du commun.
Née en 1888 dans une famille juive en Ukraine, Chana Orloff connaît très jeune les difficultés et les persécutions qui frappent les communautés juives de l’Empire russe. Sa famille émigre alors en Palestine ottomane où elle grandit avant de rejoindre Paris en 1910.
C’est dans la capitale française qu’elle trouve sa voie.
Rapidement, elle intègre les grandes écoles d’art et fréquente ce que l’on appellera bientôt l’École de Paris. Elle côtoie alors Modigliani, Soutine, Chagall, Zadkine, Kisling ou encore Pascin.
Dans un univers artistique largement dominé par les hommes, elle parvient à s’imposer grâce à son talent et à sa sensibilité.
Ses sculptures se distinguent par leur douceur, leur humanité et leur modernité.
Elle travaille principalement le portrait, les figures féminines, les maternités et les représentations de ses proches. Ses œuvres dégagent une grande tendresse et une profonde attention portée à l’être humain.
Cette humanité traverse encore aujourd’hui tout son travail.
Mais son parcours est également marqué par les drames du XXᵉ siècle.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Chana Orloff doit fuir Paris. Son atelier est pillé par les nazis et de nombreuses œuvres disparaissent. Malgré cette épreuve, elle poursuit son travail après la guerre et continue de créer jusqu’à la fin de sa vie.
Découvrir cette histoire directement racontée par son petit-fils apporte une dimension totalement différente à la visite.
Les œuvres prennent soudain une autre profondeur.
Chaque sculpture semble porter un fragment de cette vie faite de courage, d’exil, de création et de résilience.
J’ai également beaucoup aimé l’atmosphère du lieu.
On ne visite pas ici un atelier / musée traditionnel. On entre dans l’intimité d’une artiste.
Les sculptures semblent encore dialoguer entre elles. L’atelier conserve quelque chose de vivant. On imagine facilement Chana Orloff travailler, recevoir ses amis artistes ou façonner l’argile dans cette lumière si particulière.
Je dois d’ailleurs avouer avoir eu plusieurs fois l’envie de tendre la main vers certaines œuvres. Leurs formes rondes, leurs courbes douces, la patine du bronze ou la douceur apparente du bois donnent presque envie d’en ressentir la matière du bout des doigts. Bien sûr, on s’abstient. Mais cette envie dit sans doute beaucoup de la sensibilité qui se dégage de son travail. Ses sculptures semblent faites pour être regardées, mais aussi presque pour être ressenties.
L’émotion est partout, mais elle n’est jamais pesante.
Elle se glisse dans les récits, dans les regards, dans les silences parfois.
Au-delà de la découverte artistique, je retiens surtout la qualité des échanges.
Les échanges avec Éric Justman, la passion communicative d’Antoine, les questions des participants et cette sensation de partager ensemble un moment rare ont rendu cette visite particulièrement précieuse.
Ce genre de parenthèse rappelle à quel point la culture est avant tout une histoire de transmission.
Transmission d’un savoir, d’une mémoire, d’un regard sur le monde.
Infos Pratiques
- Atelier Musée Chana Orloff - 7 bis Vla Seurat, 75014 Paris
- 06 60 92 22 17
- https://www.chana-orloff.org/
- Formulaire de contact
- Pour réserver une visite, consultez l'agenda
- En visite "privée" environ 1h00
- Tarif : selon l'expérience de votre choix - Gratuit pour les - de 12 ans